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Conversation Christine Deknuydt – bram van
Waardenberg, préparation Le Repas, dialogue art-science (texte corrigé par Christine Deknuydt) Concernant l’identité… Christine Deknuydt : J’accorde beaucoup d’importance à la singularité des
dessins- (individualité - différenciation – chacun étant porteur d’un sens
excédant le signe même, souvent insuffisant (sciemment insuffisant). Cependant dans le rassemblement des dessins suivant
différents critères, ils sont partie prenante d’un vocabulaire, d’une somme
d’images, d’une globalité (infinie de fait), qui les amène vers une
“dédifférenciation”. Concernant l’observation… Christine Deknuydt : Expérimenter ou poser des choses ensemble, les lier,
les confronter ( tant au niveau des matières que des éléments “cognitifs’)
implique ma participation active, mon engagement, ma subjectivité dans les
objets crées. Certains éléments sont récurrents et révèlent peut-être
certaines obsessions, sentiments, manières de voir le monde. Je pense par
exemple à la symétrie, aux inversions, retournement, mise en boucle Observer revient surtout à maintenir un écart, une
distance entre moi, (ce qui pouvait relever du sentimentalisme) et mon
travail. J’envisage mon travail et son processus comme une mécanique ou un
organisme ayant une autonomie et une logique propre. Concernant l’influence de sa vie sur les
dessins… Christine Deknuydt : Ma propre histoire est mise à distance. Présente dans
mon travail/ éléments récurrents ( symétrie, double :doublure – reflet –
alter-ego, mise en boucle). Présente dans le choix des figures ( rapport au
paysage, à la pierre, à la ligne) et surtout présente à une manière de
penser, une logique du paradoxe, du non-sens, la juxtaposition heurtée
d’éléments disparates, procédé de l’ellipse ou de raccourci, le rapport au
langage et à la langue). Concernant l’influence de l’art en général… Christine Deknuydt : Le monde de l’art: conscience de l’histoire de l’art
qui permet justement de se situer, d’opérer des raccourcis par rapport à ses
propre nécessités. À l’origine, mon travail par exemple, partant de l’idée de
l’impossibilité de représenter la réalité par le moyen de la peinture – le monde de l’art contemporain : position et engagement
relatifs à ce que je vois de l’art aujourd’hui, qui me fait refuser ou
adhérer à certaines choses. Refus: création artistique réduit à une
instrumentalisation par le politique - Création artistique, “avalée”
par la culture, au service du “lien social”. À la différence de la science,
l’art a une histoire qui fait partie de la culture commune, collective.
L’effet pervers est d’être récupéré par la Culture. Refus: /entre les moyens mis en oeuvre ( financier –
technique) et les conséquences apportées par l’objet – je suis attachée a une
économie dans le travail. Le monde: non-soumission à des modes ou modèles – je
pense qu’un travail artistique non militant peut être une résistance au sens
commun donc à la pensée dogmatique. Concernant
« le monde » construit avec les dessins…
Christine Deknuydt : Un monde dans le sens où il s’agit d’une mécanique ou
d’un organisme ayant sa logique propre me permettant d’insinuer de nouveaux
éléments en m’empêchant par la même d’en intégrer d’autres … “les phrases” à partir d’un vocabulaire impliquent plusieurs rapports, plusieurs niveaux entre les
dessins: -
la superposition, étant une articulation affirmée -
le rassemblement sous un titre générique –(ensembles
provisoires et modifiables) -
le rapprochement ou la distance entre les dessins ou
ensembles de dessins ou dessins isolés et ensembles de dessins … -
relation à distance jouant sur la mémoire “proche” ou
plus “enfouie” -
les différentes générations où un même dessins (figure)
se répète avec ou sans modification -
déclinaison où une même légende (ou titre générique ou
sous titre) déclenche ou souligne des dessins ou ensemble de dessins
différents … Il s’agit de jouer avec l’ordre (et le désordre) par la
mise en place d’une sorte de géométrie variable selon les critères de
relations choisis. Concernant
les animaux…
Christine Deknuydt : Jusqu’au travail effectué à Maubeuge les animaux
étaient en partie un motif, une figure au même titre que d’autres motifs
(réseau – paysage – objet …) participant d’un vocabulaire général + rapport
affectif dans une transposition -> mise à distance – les animaux pouvant
parler de la condition des hommes. D’autre part, pour le bestiaire par exemple (“comme des
…”:7 petits dessins de même format), les animaux sont ‘parlant’-le rapport au
langage est important dans ce cas. Travail à Maubeuge: la place de l’animal est confirmée
dans son rapport au langage. Les figures d’animaux sont des réceptacles, des
creusets dans lesquels la parole s’insinue sous forme de légende. Les
diverses relations entre figures d’animaux/légendes font passer d’une espèce
à l’autre dans une fausse confusion des genres (ou selon des catégories
“pervertissables”) – la figure de l’animal est un relais entre une image et
un vide, un élément manquant. Ce sont images mentales par excellence. Concernant la possibilité de la vérification
… Christine Deknuydt : Répétition des images – il ne s’agit pas de
vérification de l’objet ou du sujet. Ce serait plutôt la vérification de la
capacité de résistance de l’image. La répétition de l’image va dans le sens
d’une fragilisation de cette même image. C’est aussi la possibilité d’inoculer, d’insinuer le
défaut, l’erreur, la modification, le disfonctionnement, -> une
différence ( même dans le cas où il n’y a pas de ré-intervention.) Exemple: des images scannées – la légende est modifiée
de fait, la légende bégaie au même titre que l’image. L’image s’use, se vide dans la répétition selon la
modification, qu’elle traverse. Paradoxalement, c’est le motif qui est confirmé
“suridentifié”. 1: Les vaches multiples:”( ) issu des vaches” Affirmation d’un ensemble. Paradoxalement un ensemble
incomplet, achevé avant sa fin objective, qui serait disparition ou
épuisement ou indifférenciation – chaque dessins de vache reste singulier. dépliage linéaire + dépliage en épaisseur Dans la présentation -> dépliage à plat – horizontal
et vertical Commencement de ramifications. Dans une même
génération, on peut trouver 2 ou 3 versions (déjà à partir de la première: ( ) issu des vaches.) ( ) issu des vaches : 4
dessins obtenus par transfert à partir d’une même matrice
peinture huile sur verre – image provenant elle-même d’une publicité de
communication – Cojema (?) “Nous répondrons à toutes vos questions”. Issu de ( ) issu des vaches: -
fac-similé -
fac-similé déréglé -
fac-similé avec choix de couleur Issu de ( ) issu des vaches: -
fac-similé -
fac-similé retravaillé à l’huile ( ˆ) Issu de ( ) issu de ( ) issu des vaches: -
transfert à partir de l’image (1) scannée retravaillé à
l’huile transfert à partir de l’image (1) scannée retravaillée
à l’huile avec épuisement de la peinture Dans le sens de la variation “Variation sur un même thème” Affirmation / fragilisation En amenant des modifications dans le processus, le
dessin prend un autre sens. Il peut y avoir ajouté dans la légende ou une
autre légende -> implique des ouvertures dans la signification. On part
d’un élément simple qui se complexifie en traversant les différentes strates. Un même dessin isolé prend de l’épaisseur s’il intègre
un ensemble générique parce qu’il y a contamination de sens -> Importance
du titre générique, de la légende, du “sous titre”… Ligne et huile La capillarité. Débordement/à une limite –
superposition du corps gras et de l’image déterminée. Importance de
l’aléatoire, la capillarité n’est pas précise, elle dépend de la charge
d’huile – de la surface (concentration) et de la nature du papier. La capillarité: phénomène matériel – Par extension, les
dessins intitulé:
Architectures capillaires
Aveugles capillaires
Connivences capillaires La capillarité prête une identité à des thèmes
diversifiés Sorte de contamination symbolique de la matière au sens
des images. Par extension encore les dessins intitulés “mémoire
capillaire” sont issus de la mémoire qu’on a d’un dessin. Dans ce cas la
capillarité de la “mémoire capillaire”, désigne une insuffisance, une mémoire
résiduelle – Ces dessins se réduisent généralement au signe. Les
accidents, l’aléatoire dû à la matière (corps gras par ex.) ne se répètent
pas. Concernant
les restrictions…
Christine Deknuydt : Les restrictions s’imposent par la nécessité d’isoler
encore des éléments pour indexer le processus ou les procédures mises en
oeuvre. Dans le cas inverse les différents états s’annuleraient ( au niveau
de leurs conséquences) Le problème de la restriction est présent aussi dans
les “peintures chimiques”. Tous les paramètres que j’ai pu expérimenter ne
sont pas conjugables toutes ensemble, pour des problèmes de lisibilité
des effets et de leur cause (processus) Concernant
le hasard…
Christine Deknuydt : le hasard, la probabilité Éléments essentiels dans les peintures chimiques.
Quelque chose m’échappe pendant la réalisation surtout une fois les peintures
“achevées”. Leur évolution, leur dégradation révèlent des apparences
successives non contrôlées. Ce non-contrôle étant entretenu – Il est
vrai qu’avec l’expérience, les “effets” sont plus ou moins prévisibles. Ce
qui m’intéressait alors était de renouveler la surprise en variant les
paramètres ( nouveaux produits – nouveaux mélanges – question du temps –
surcharge de produits…) L’aléatoire dans ce cas altère ce qui est déterminé. –
L’ordre et l’objectivité sont pervertie. L’image est mouvante, passe d’un
état à un autre dans une évolution linéaire ou dans une évolution réversible
(selon les produits utilisés.) Pour les dessins: les catégories, les ensembles
définis, proposent des grilles de lecture même si celles-ci sont provisoires
et mouvantes. Cependant au moment de la réalisation, lorsque la mécanique est
en marche, le rapprochement des dessins entre eux n’est pas encore déterminé.
Dans tous les cas, le choix concernant les ensembles comporte une part
d’arbitraire due à la nature même des juxtapositions qui vont soit heurter,
soit fondre (confondre), affirmer ou infirmer les dessins entre eux. Le
passage entre l’arbitraire et la détermination est plus fluide que dans le
discours. L’utilisation de la matière implique une limite oscillante. Concernant
la logique…
Christine Deknuydt : La logique dans l’art serait déterminée par la nature
même de l’œuvre. La logique est donc spécifique à l’œuvre. Dans mon travail,
cette logique détermine les possibilités ou les restrictions. Est-ce que je
peux faire cela – Qu’est-ce que je peux faire avec cette idée ? Ou, pourquoi
, je m’interdis cela… Ensuite, la logique est un moteur au même titre qu’une
idée ou un thème. C’est ce qui constitue la mécanique d’un travail. Mécanique
au sens de l’articulation d’une chose avec une autre, de leur déplacement,
leur emboîtement… Le paradoxe, une logique inversée ou absurde, la confusion
des contraires sont encore une logique – les règles et les contraintes
permettent plus de liberté avec le sens. J’utilise une logique binaire – la symétrie – la
contradiction : une chose et son contraire – éléments antagonistes, pour
indexer l’écart entre deux choses – C’est dans cet écart, ce creux que
s’insinue la doute ou la non-résolution. On peut penser reconnaître quelque
chose et dans le même temps ce qui contredit cette chose ou ce qui annule la
reconnaissance. J’utilise une logique de bivalence qui permet de vérifier
l’intégrité de deux pôles tout en situant la résolution ou non-résolution
dans l’écart entre ces 2 pôles. Concernant la structure du monde des animaux… Christine Deknuydt : la structure du monde Les animaux sont des signes identifiables, des
référents pour une pensée abstraite. Dans ce cas, les animaux constituent une
espèce ( une catégorie) qui reste séparable pour s’introduire dans d’autres
catégories. La catégorie animale équivaudrait à une catégorie “thématique”-
Mon travail utilise diverses catégories de natures différentes. Pour reconnaître le retournement, l’effondrement du
sens, la fragilité d’un énoncé, bref, une polysémie, il est nécessaire qu’il
y ait un élément stable, une donnée identifiable – cet élément stable étant
l’objet de ces manipulations abstraites, l’élément connu d’une équation. Les animaux sont d’autant plus singuliers qu’ils nous
permettent de s’identifier (question ontologique) De plus, c’est une manière
de réhabiliter ce qui semble disqualifié. Concernant les frontières Christine Deknuydt : La frontière. Equilibre entre les moyens et les conséquences. Peu de moyens engagés pour un plus d’effet possible –
L’insuffisance, le manque, comme outils d’une pensée économe – Faire avec peu
ou encore faire et défaire peu, interroger les moyens de la création, les
conditions et les enjeux. Moyens métaphoriques de représenter la fragilité de la
pensée en train d’émerger. -
La représentation de la réalité: par métaphore:
rapprochement d’éléments très différents qui force le cerveau à voir le monde
autrement en déplaçant les points de vue. L’expérimentation comme pratique et
résultat ressemblerait à l’asymptote -> on approche de quelque chose qu’on
n’arrive jamais à cerner complètement. Idées ou matière – l’interaction – l’utilisation des
matériaux sert à manipuler les idées – la forme utilisée coïncide avec le
fond. L’aspect flou, le débordement, la transparence donnée par l’huile
font écho à l’incertitude, à l’inachèvement, à la contradiction. Concernant
la symétrie…
Christine Deknuydt : La symétrie: Avant la symétrie il y a le redoublement. Faire écho à
une figure incertaine redouble l’incertitude de cette figure incertaine. De
plus le redoublement soutient plusieurs interprétations possibles: le reflet,
la doublure, l’alter ego. Matériellement: le pliage, la copie, la narration … La symétrie: rapport droit/gauche et main droite /main
gauche, hémisphère droite / hémisphère gauche. Comment les deux parties
correspondent entre elles et font coïncider leurs mouvement répondent chacune
d’une spécificité (physiologique, symbolique, culturelle) – la symétrie
confond ou rend floue la limite entre les deux – Entre les deux, l’axe ->
le pli – le déplie. Rapport au redoublement numérique de l’image – Dans la
symétrie “manuelle” il y a inversion – quelque-chose vue en miroir – quelque
chose qui regarde son double à l’envers – dans un même espace de
représentation. Trouble de l’expérience et de la perception. La tactilité de l’aveugle: “La tactilité de l’erreur rend voyant aveugle.” Fermer les yeux est une contrainte qui alimente la
maladresse ou l’insuffisance liée à la représentation. Du dessins en aveugle
-> représentation d’aveugle en aveugle suivant différentes procédures. Ex: dessins au trait +
écriture
Ouverture des yeux
Donner une épaisseur avec de l’huile. L’huile s’étend par capillarité et
déborde les contours
(Ou) dessins à l’huile + écriture
Tentative de cerner au trait les formes données par l’huile ->dessins
tactiles où la sensation du gras guide le dessins de manière imparfaite
->erreur -> la tactilité de l’erreur
-> rend voyant l’aveugle renvoie l’aveugle au même niveau de perception que le
voyant Métaphore faite d’un rapprochement elliptique
s’appuyant sur la relation entre le processus, la matérialisation et le
langage. L’art devenu aveugle? Peut-être ( Nous serions aveugle ou aveuglé face au
monde – le monde (la société serait aveugle) –quelques métaphores: Faire l’autruche
- conversation en aveugle ou dialogue de sourds- les écrans cosmétiques … Superposition et transformation Superposition effective ex: “Zèbres géométriques” sur
“Moutons albinos”. -
Répétition du procédé utilisé pour “zèbres
géométriques” -
Transposition géométrique d’un dessin (non géométrique)
préalable à partir du quadrillage du papier (papier calque). 1 + 1 = 3 |